
Depuis des années, on constate que les médias représentent insuffisamment la vie parlementaire avec les conséquences que cela comporte : faible suivi des citoyens, déficit d’information sur les processus parlementaires en cours, etc.
Ce phénomène à l’échelle planétaire qui se traduit selon A. N. Faye par une mauvaise perception de l’institution et des différents acteurs de la communauté parlementaire (députés et administration), constitue l’un des plus grands défis qui se posent à la bonne gouvernance en Afrique.
En effet, la base de confiance qui est à la source de toute santé démocratique s’effrite inexorablement et il se creuse un fossé grandissant entre les citoyens et leurs mandants dans tous les pays à système démocratique. Même l’Occident qui se veut un modèle dans ce domaine de la participation citoyenne, n’échappe pas à cette situation. L’environnement de travail parfois hostile des acteurs politiques participe à renforcer cette crise de confiance entre le parlement et les citoyens avec un déficit de communication à tous les niveaux. Les nombreux travaux de recherche relatifs au traitement de l’information parlementaire permettent de mettre en exergue des limites objectives qui empêchent de donner une véritable construction à une conscience citoyenne née d’un dialogue approfondi entre représentants et citoyens d’un même pays.
Au Sénégal, cette situation est aggravée par la faible qualité du traitement de l’information parlementaire par la presse. En effet, contrairement aux idées reçues, l’information parlementaire n’est pas un compte rendu régulier du calendrier parlementaire, mais plutôt une présentation d’une logique événementielle centrée autour de normes conformes à des standards professionnels (classification de l’information en genres journalistiques : reportage, compte rendu, enquête, interview, etc.) Contrairement à cela, l’orientation rédactionnelle choisie par la plupart des médias polarise l’attention sur les situations d’adversité politique de la vie parlementaire.
Ainsi, les conflits et passes d’armes entre la majorité et l’opposition sont privilégiés dans la relation de la couverture médiatique parlementaire. La vie des groupes parlementaires s’inscrit ainsi dans un cadre d’opposition et de conflits entre acteurs politiques. En revanche, rien n’est mentionné sur le processus du cheminement de l’adoption des lois, ni du processus de préparation du vote du budget national, encore moins de la couverture des multiples autres activités du champ politique par la presse. Une telle situation connaît même une accentuation, selon que l’on passe de la presse cérite, aux médias électroniques. Cette vision simpliste est confortée par le niveau de couverture médiatique de l’institution et de ses membres parlementaires. Par conséquent, la rupture de confiance s’amplifie au point de faire passer pour vérité absolue toute information véhiculée par les médias sur le parlement et ses députés ou sénateurs. Une telle vision réductrice de la fonction et du travail des parlementaires accentue la crise de la représentation et place les médias dans une posture antagoniste, reflétant dans la production journalistique une simplification voire des déformations préjudiciables à une construction citoyenne responsable.
En somme, les médias tentent bien que mal à jouer leur rôle de « chien de garde » sans toutefois obéir toujours aux règles élémentaires qui fondent l’éthique et la déontologie, du fait d’un faible niveau de maîtrise des techniques journalistiques.
C’est ce contexte qui a prévalu à la mise en place du Projet d’Appui au Programme National de Bonne Gouvernance (PAPNBG), qui vise le renforcement de la participation des acteurs non étatiques à l’amélioration de la gouvernance politique, économique et sociale. La gouvernance parlementaire constitue d’ailleurs un des axes du programme national de bonne gouvernance, mais les initiatives menées jusqu’ici accordent une faible place au renforcement des capacités des journalistes. C’est pourquoi, il s’agit dans le cadre de ce projet de renforcer leurs capacités d’intervention, leurs compétences et leurs capacités de négociation afin de favoriser leur participation crédible, constructive et efficace à la vie publique.
Comment donc, tout en respectant les logiques et les orientations de la presse, articuler une meilleure collaboration susceptible de donner de l’information parlementaire toute la pertinence qui sied dans la relation et la construction journalistiques des faits et des évènements parlementaires ? Une meilleure maîtrise des réalités parlementaires ne constitue-t-elle pas le préalable à toute émancipation et à toute véritable qualité du journalisme parlementaire ?
Par ailleurs, l’obligation de rendre compte aux électeurs et autres mandataires, ne place-t-elle pas les élus dans une position d’exigence de partenariat et de disponibilité vis-à -vis des professionnels de l’information et de la communication ?
Dans un monde où la communication constitue un élément incontournable dans le cadre de la bonne gouvernance, n’est-il pas capital pour ces deux acteurs du jeu politique – journalistes et parlementaires – de mieux se comprendre et de nouer des relations de travail dans le respect absolu des règles d’éthique et de déontologie qui fondent le journalisme parlementaire ?
C’est en partie l’une des raisons qui avaient conduit en 2006 à la mise en place de la Cellule des Reporters Parlementaires avec l’appui de la Direction de la Communication de l’Assemblée nationale. Mais, depuis lors, ce démembrement de la Convention des Jeunes Reporters du Sénégal connaît des problèmes de fonctionnement.
Cette session de formation avait pour objectifs de :
favoriser une meilleure connaissance du PAPNBG ;
favoriser une meilleure connaissance du fonctionnement des institutions parlementaires ;
favoriser une meilleure connaissance des méthodes et techniques du journalisme parlementaire ;
créer les conditions d’un meilleur accès à l’information parlementaire par la mise en place d’un réseau de journalistes parlementaires ;
contribuer à créer un cadre d’échanges entre médias et parlementaires.
Cette première session, qui a duré 4 jours, a été consacrée principalement aux aspects suivants :
le PAPNBG et l’Accord de Cotonou pour mieux saisir le contexte du projet ;
le fonctionnement des institutions et du parlement ;
le traitement des questions de gouvernance par le parlement ;
l’accès, le traitement et la diffusion de l’information parlementaire ;
la diversification des styles (reportage, compte rendu, enquête, etc.) dans le traitement de l’information parlementaire.