
L’indépendance des médias est donc un des éléments importants d’une politique de développement globale de nos sociétés.
Au-delà de la question du rôle des médias dans la gouvernance, la relation entre médias et développement est d’autant plus importante dans des pays où les vecteurs d’éducation, de formation citoyenne, ou tout simplement de divertissement sont rares et souvent limités aux élites urbaines. Dès lors, la place des médias en tant que relais culturel, éducatif, social, politique et économique doit être renforcée, notamment par l’appui à la création et au renforcement de la viabilité des médias.
La bonne gouvernance est peut-être le facteur le plus déterminant du développement. Une gouvernance qui échoue empêche le progrès alors qu’une gouvernance réussie l’accélère. Un État bien gouverné est fondamentalement un "État compétent". Ainsi, l’incapacité de l’Afrique de concrétiser son potentiel pendant les trente dernières années peut être imputée, dans une grande mesure, à des "États incompétents" : incapables de s’acquitter de leurs responsabilités et caractérisés par des niveaux élevés de corruption et d’insécurité politique et personnelle, de faibles niveaux d’investissement national et étranger, un système judiciaire partial, un secteur privé national muselé, des taux de croissance faibles et une aggravation des niveaux de pauvreté.
Alors qu’il y a dix ans le besoin de bonne gouvernance était un sujet tabou qu’on ne pouvait aborder avec les dirigeants et les gouvernements africains, on reconnaît désormais de plus en plus, même aux niveaux les plus élevés, qu’il est nécessaire d’instaurer des États compétents. Au demeurant, dans le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), la bonne gouvernance est citée comme l’un des principes fondamentaux de cette initiative. Mais il convient de veiller à ce que ce soit une réalité. Les médias ont un rôle crucial à jouer à cet égard car la démocratie ne peut fonctionner au mieux sans des médias libres et informés.
Ils ont également leur partition à jouer dans la création et la préservation d’une "société ouverte" dynamique et bien informée et d’une culture démocratique améliorée grâce à la transparence et à la responsabilité, à l’amélioration du sort des « sans voix », à la promotion du dialogue et à la fourniture d’un espace dans lequel la liberté d’expression peut être exercée et où le public peut participer à l’élaboration des politiques. Le groupe comparera également les meilleures pratiques suivies sur le continent.
Principaux thèmes de lien entre gouvernance et médias :
Le fait que les relations soient difficiles entre le journalisme et le pouvoir politique est une caractéristique de la société démocratique. Cela dit, il existe dans toutes les sociétés une tendance à vouloir manipuler l’information et influencer l’ordre du jour du débat public. Dans les pays où la culture démocratique n’est pas bien enracinée, les interdictions frappant les médias sont plutôt explicites et très préjudiciables au débat ou à l’engagement public. Lorsque les affaires d’un gouvernement ou de certains groupes d’intérêt puissants sont protégées par le secret, les journalistes s’exposent à d’énormes risques (dont celui à leur intégrité physique) s’ils osent enquêter sur des affaires susceptibles de leur faire démasquer la corruption. Le pouvoir, même après la transition démocratique, continue à mettre la main sur l’un des médias, la télévision. Il a été relevé que pour analyser l’évolution de la liberté de la presse en Afrique, il faut tenir compte de trois périodes, le temps des transitions démocratiques, le temps démocratique et celui de la consolidation démocratique. Ce dernier coïncide avec le renforcement de la mondialisation et exige donc des mesures sinon globales du moins harmonisées dans une région du monde. Harmonisation qui n’a pas eu lieu en Afrique et qui est indispensable.
La presse en Afrique avait vite joué un rôle de contrepouvoir et d’espace critique mais que cette fonction était de plus en plus remise en cause par le développement d’autres supports d’informations appartenant à des entreprises et à de grosses multinationales. Il a été aussi relevé le rôle de l’Internet qui échappe au contrôle des législateurs africains. Il serait impératif que les Etats d’Afrique prennent des mesures législatives pour un accès libre à une information libre. Dans nombre de pays, l’Etat fait la rétention d’information. Au Sénégal, par exemple, les services étatiques enquêtant sur la corruption ne sont pas tenus de publier les informations récoltées. Par ailleurs, nombre de médias du continent ne font que relayer les informations de médias étrangers. Or les médias devraient jour un quadruple rôle : transmetteur d’informations, catalyseur de bonne gouvernance, thermomètre des dysfonctionnements et garde-fou des libertés.